Travailleuses du sexe ou travailleuses sociales, le quotidien d’une stripteaseuse.

On me dit souvent : « mais tu es folle de mettre de la si belle lingerie au club », mais moi ça me plaît énormément.”

Entre grâce, art de de la danse et sensualité, découvrons le quotidien d’une stripteaseuse, son rapport avec la mode et la compatibilité de ce milieu avec le féminisme grâce aux mots justes de l’angélique Aimie. Interview sans filtre.

À quoi ressemble le quotidien d’une stripteaseuse ? Quel est son rapport avec la mode ? Est-ce un métier compatible avec le féminisme ? C’est à ces questions que répond sans tabou l’angélique Aimie. Interview sans filtre. Angel, de son vrai prénom Aimie, est une stripteaseuse de 29 ans. Stripteaseuse mais pas que, Aimie est aussi une artiste. Baignée dans l’univers de la photographie et de l’audiovisuel, son objectif est d’unir les deux univers, celui du striptease et du cinéma pour un projet dans un futur proche. En attendant de le découvrir, elle nous offre les réponses auxquestions que l’on se pose toutes et tous sur son métier hors du commun, en exclusivité pour Intimité Magazine.
 
Quand as-tu commencé le striptease ?
 
À 21 ans, au retour d’un voyage à New York. Je passais régulièrement dans les rues de New York devant des pancartes avec écrit « Gentlemen club » et je voyais cette affiche d’une belle blonde très pulpeuse. J’avais vraiment envie de rentrer dedans. Mais à l’époque j’étais trop jeune. Donc à mon retour en France, je me suis directement renseignée et j’ai fait ma première audition qui a été, comment dire… un peu catastrophique. J’étais assez timide et même si j’étais à l’aise avec mon corps, la scène était redoutable pour moi. Et je pense qu’il y avait une partie de moi aussi qui avait envie de me confronter à ça. Et mon manager m’a clairement dit : « Bon écoute, pour être honnête avec toi, c’était catastrophique. Mais tu es très mignonne et tu as l’air quand même bien dans ton corps donc je te laisse ta chance. Tu commences demain. » J’ai commencé à danser le jour suivant. Le premier jour était assez difficile mais je me suis rendu compte que c’était hyper addictif en fait, qu’il y avait énormément de plaisir à se voir belle, à lâcher prise sur scène.
 
Pour toi, le striptease c’est une passion, ce que les gens ont souvent du mal à imaginer et comprendre. Comment cette appétence s’est révélée chez toi ?
 
J’ai toujours été fascinée, depuis petite, par l’univers de l’érotisme et du sexe. Je pense que je me suis beaucoup nourrie cinématographiquement, je regardais des films du style Show Girls et je voulais me plonger dans la peau d’une jeune danseuse. J’avais envie de savoir comment vivaient ces femmes. Il y avait une partie de moi qui avait envie de découvrir ma part de féminité par la scène et la danse, comme j’ai toujours aimé faire. On nous vend de l’interdit dans ces endroits-là et moi j’avais envie de contourner cet interdit. D’ailleurs, c’est ça qui fait ma force et c’est vrai que c’est aussi mon combat. J’ai un côté un peu sexologue et j’adore. Je pourrais en parler des heures et des heures, mais par moment j’en ai trop fait une obsession dans tout ce que j’aime faire. Tellement que j’ai fini par en faire un rejet car j’avais besoin de me nourrir d’autres choses, et puis ça ne parle pas à tout le monde.

La nuit, tu danses, tu te dévoiles, tu te transformes en objet de désir. Est-ce que ce statut, tu le gardes aussi en te réveillant le matin ? Comment fais-tu la différence entre le jour et la nuit ?

Il faut savoir enlever sa casquette de stripteaseuse, et je pense qu’on sait toutes le faire mais ça n’empêche qu’on prend des mécanismes. Moi, après sept ans de striptease, je ne suis plus la même fille. Ces petits vices que je peux avoir, je sais où je les ai appris. Il y a des avantages à ça mais aussi des conséquences lorsqu’on se vend comme objet sexuel. C’est quand même dur de dissocier, parfois je me perds. C’est plaisant d’être aliénée par le désir de l’homme mais parfois je veux me mettre des claques, car je sais que ça ne m’aide pas dans ma vie de femme et que ce n’est pas vers ça que j’ai envie d’évoluer.

Est-ce que toi tu as un personnage ? Si oui comment l’incarnes-tu ? quels sont ses traits de caractère ?

Mon nom de scène c’est Angel. Il y a une référence à un ange, c’est le côté un peu doux, gentil sur lequel je vais beaucoup jouer. Je n’ai pas forcément le profil qu’on attend d’une stripteaseuse. On imagine toujours une femme assez pulpeuse, surmaquillée, un peu vulgaire… Moi j’ai un côté très naturel. On me dit souvent que je suis une fille qu’on pourrait croiser dans le bar en bas de chez soi. Et je suis d’accord, même moi je me demande parfois, mais pourquoi je bosse dans cet endroit ? Qu’est-ce qui m’a pris de pousser cette porte ? Mais c’est ça qui fait mon style, je ne suis pas dans l’extravagance. Ça plaît beaucoup aux clients qui aiment la simplicité.

Et le look d’Angel, il est comment ?

Comme je t’ai dit, je vais jouer sur le côté naturel et je vais y ajouter une touche de piquant qui va passer parfois par les chaussures avec des plateformes, des grandes bottes ou des stilettos dorées ou argentées. J’aime aussi beaucoup porter de la lingerie de qualité. On me dit souvent : « mais tu es folle de mettre de la si belle lingerie au club », mais moi ça me plaît énormément car finalement dans la vie de tous les jours, cette belle lingerie je ne me l’autorise pas. Je n’ai pas d’occasion suffisante de la mettre. Sur scène, tout le monde me fait des compliments. J’aime beaucoup les marques comme Livy ou encore Agent provocateur. J’aime aussi le style américain avec les maillots de bain. Mais il y a deux looks que je préfère, il y a celui angélique en quelque sorte, où je vais porter de la lingerie blanche, raffinée, avec des jolis talons. Et des soirs où je vais la jouer plus rock, j’aime beaucoup danser sur du rock. Donc je peux porter des maillots de bain noirs, avec des résilles, un maquillage charbonneux, je vais tout mettre. Je suis assez créative et c’est vrai qu’on est un peu toutes des artistes. Certaines sont des œuvres d’art avec des looks hyper travaillés, des ongles incroyables. Il y a des costumes d’écolière, d’infirmière et il y en a qui vont être habillées pareil toute la semaine. Personnellement, j’ai peur de l’ennui, il y aura toujours un petit côté ange ou rock.

Tu fais attention à ton style et que cela va avec ton personnage. Il y a donc un lien fort entre la mode et ta profession, toi, quel est ton rapport avec tout ça ?

J’ai toujours été une personne un peu prise par la mode. J’aime m’habiller bien, je me suis toujours nourrie de photographie de mode. Ça joue aussi avec l’érotisme et j’aimais ce côté « trashy » de la stripteaseuse avec ses grands talons, ses longs ongles… C’est ça d’ailleurs que j’aime prendre en photo, c’est ce côté hyper mode. Il y a beaucoup de préparation, chacune a son style.

Ce côté « trash » dont tu parles, beaucoup de maisons s’en sont inspirées. Le fait que l’industrie reprenne les codes vestimentaires du striptease tout en les jugeant, comment perçois-tu cela Hommage ou hypocrisie ?

Je ne l’ai jamais pris du côté négatif car la mode s’est toujours inspirée de tout. Je sais qu’il y a des filles qui ne supportent pas. J’ai déjà vu des posts de danseuses critiquant la reprise des « pleasers », les chaussures de striptease, en disant que ça allait dans tous les sens. Moi ce n’est pas mon combat. Je trouve que c’est plutôt chouette, tant mieux qu’elle le fasse. Ce qui a tendance à plus m’énerver, c’est dans le cinéma, lorsqu’un réalisateur va faire un film sur un milieu qu’il ne connaît pas et où ils vont raconter n’importe quoi. Ça, çava m’énerver et je comprends que la mode puisse en agacer certaines car c’est encore un milieu qui s’accorde la gloire de minorités et des personnes dans l’ombre.

D’ailleurs en ce moment, une tendance qui redevient beaucoup à la mode, c’est la transparence. Et on le sait, même si les créateurs sont des artistes à l’origine, ce sont tout de même eux qui vont influencer ce qui arrive en grande surface. Toi dans ton métier, la nudité vise à séduire l’homme, ainsi, est-ce que tu vois une limite à dénuder les femmes aussi dans la rue ?

Je suis plutôt contente de ce mouvement quand même. Je suis pour la libération des corps et que les femmes s’habillent comme elles veulent. Après moi, dans ma vie privée, je ne suis pas du genre à en faire des caisses et comme je sais déclencher le désir de l’homme en claquant des doigts, je ne le reproduis pas dans mon quotidien, ça me fait chier d’ailleurs. Et même si je ne comprends pas comment on peut encore pointer du doigt une fille en mini-jupe ou en crop top, ça attirera toujours l’œil, c’est dans les mœurs. Les mentalités changent petit à petit mais je ne pense pas que ce soit possible qu’une femme qui dévoile son corps puisse être vraiment prise au sérieux. Et je souhaite du changement là-dessus.

Les stripteaseuses vous êtes finalement un peu des héroïnes. Vous calmez les pulsions des hommes pour notre plus grand bonheur à tous, voilà l’un des avantages de ces lieux. Ainsi, penses-tu que les clubs devraient se démocratiser ou rester une niche ?

Oui, je pense d’une certaine manière que ça régule. C’est un peu horrible pour nous mais ces métiers comme la prostitution sont nés de là. Pour que les hommes puissent aller voir des belles filles, mater des seins et réaliser leurs fantasmes dans un lieu spécialisé pour ça. Le striptease, c’est tout de même bien encadré, donc dans un sens ça devrait être démocratisé. Ça l’est aux États-Unis, et je crois, que les filles se font moins emmerder sur leur style vestimentaire. Mais en effet c’est un métier social. On est là pour écouter ces petits messieurs, écouter leurs désirs, faire semblant et oui, d’une certaine manière on aide, je pense.

Et justement, dans cette société où les femmes se battent pour leurs droits mais où le respect est plus difficile à acquérir, toi en tant que travailleuse du sexe, te sens-tu particulièrement libre ou plutôt prisonnière du patriarcat ?

Une fois de plus j’ai une posture très paradoxale. Je me sens, dans un sens, hyper engagée, libre d’avoir fait de mon corps un objet de désir. Et ça, j’aime bien. Je me sens indépendante financièrement. Je me sens féministe. En plus de ça, j’ai établi des liens magiques avec les filles. Mais c’est vrai que ce côté-là a contribué à pousser les portes du patriarcat, ça me fait chier. Mais ça reste mon travail. C’est quelque chose que je sais faire et que j’essaie de ne pas répercuter dans ma vie privée. Je sais me mettre dans cette posture de fille à l’écoute des désirs de l’homme, mais dans ma vie de tous les jours, je ne suis pas forcément cette fille-là. J’imagine que se dévoiler à ce point apporte également une confiance en soi et un courage énorme qui, par conséquent, amène à devenir libre. Contrairement à une pudeur qui pourrait empêcher de vivre selon nos envies et nos pulsions.Oui, bien sûr. Moi je me sens libre de tout. Et on dit souvent d’ailleurs de moi que j’accepte beaucoup des autres. On me voit souvent comme une sorte d’assistante sociale à l’écoute de tous, à l’écoute des hommes. Mais moi, j’ai beaucoup de plaisir à ça. Je n’arrive pas à m’enfermer dans une case de ce qu’on voudrait que la femme soit dans la société. J’arrive aussi à bien voir ce qui se passe entre les relations hommes-femmes et ça, ça m’a apporté beaucoup dans ma vie.

Vous parvenez à vous serrer les coudes entre femmes, ou les jugements persistent même au sein du club ?

Alors à l’époque, c’était pas du tout la même ambiance qu’aujourd’hui. Maintenant avec le mouvement féministe, les mentalités ont évolué, grâce aux nouvelles générations aussi. Avec les filles, on fait beaucoup plus attention les unes aux autres, tu vois. J’ai l’impression de vivre dans une sorte de sororité avec elles. Alors qu’à l’époque, il y avait quand même plus de compétition. C’était encore un milieu hyper tabou.

Est-ce que tu pourrais recommander le striptease à une jeune fille en recherche d’indépendance ?

Non. Je n’ai jamais recommandé à qui que ce soit de se lancer dans ce métier. Souvent, on a des nanas qui viennent au club et qui nous envient. Elles disent que c’est trop beau, qu’elles aimeraient aussi se lancer parce que c’est un métier qui a l’air tellement facile, que tu gagnes beaucoup et qu’on te valorise quand tu es sur scène. Certes, il y a cet aspect-là, mais ça reste un métier très dur. On enchaîne les clients parfois et il y a tout ce qui va avec le monde de la nuit, l’adrénaline, la drogue, l’alcool, les gros lourds. Moi je dis souvent en rigolant qu’on gère du bétail. On est agricultrices. Il faut avoir les épaules pour les supporter et donc ce n’est pas donné à tout le monde.

Il existe des protections sociales dans ta profession ?

Non, malheureusement non. Moi, je trouve qu’on n’est pas suffisamment protégées. C’est quand même un métier où on te demande une certaine force d’esprit. Pour la plupart des filles, on a quand même un passé avec les hommes et un passé compliqué en général. Il faut savoir être blindé. C’est vrai que j’ai vécu beaucoup de choses qui ont fait que je n’ai pas peur des hommes. Et même si c’est réglementé et que beaucoup ne tentent rien, il y a quand même des lourdauds. Dans ce cas tu fais vite et si c’est trop compliqué tu as tout à fait le droit d’arrêter la danse et de lui dire de sortir. Tu peux poser tes limites. Et il y a des caméras avec une manageuse qui les regarde en permanence donc on reste quand même entourées.

Et donc comment se déroule une journée de travail ?

On arrive autour de 22 heures pour monter sur scène à 23. Le DJ nous appelle tour à tour et nous dit sur quelle scène se placer, il y a la « one » et la « VIP ». À ce moment-là, on a trois chansons, soit environ quinze minutes pour danser devant tous les clients. Après ça, tu descends et c’est à toi de te vendre. Dans le striptease français, tu n’as pas de salaire fixe. Tu pars de zéro et c’est avec les danses privées que tu obtiens que tu gagnes ton argent.Ce n’est pas comme aux États-Unis ou au Canada où c’est dans leur culture d’aller prendre un verre dans les clubs et de « tipser » les filles. En France, le peu de clients ont du mal à payer donc il faut avoir un vrai esprit commercial. Une danse, c’est à partir de trois minutes mais ça peut aller jusqu’à quatre ou cinq heures, c’est rare et le client en a pour son porte-monnaie, mais ça arrive. Et puis tu as le choix, tu peux passer la soirée à discuter si tu n’as pas envie de travailler, mais tu ne fais pas d’argent. Sinon tu peux te faire repérer directement sur scène, et c’est chouette. Moi j’essaie de miser tout sur la danse au départ comme ça il y a déjà une partie qui est faite. J’ai un côté très artistique qui plaît mais il y a des filles qui savent moins danser mais qui ont une âme commerciale. On a chacune nos qualités et nos méthodes.
 

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